Intrapreneurs de Startups d'État, comment les trouver ?

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Cette série sur l’intrapreneur de Startup d’État nous a permis de mieux comprendre ses responsabilités, la méthode pour le former et les conditions nécessaires à son succès.

Terminons cette série par le commencement, c’est-à-dire par les premières étapes concrètes qui permettent de trouver cet intrapreneur·euse !

Intrapreneurs·euses de Startups d’État : comment les trouver ?

D’où vient-il·elle ?

L’intrapreneur vient du terrain où il a pu observer le problème qu’il cherche à résoudre sous toutes ses facettes. Il a 10 000 histoires d’usagers à raconter, parce qu’il rencontre ses usagers physiquement tous les jours depuis des années. Il ne sera pas issu de la DSI ou de la MOA, sinon ça s’appelle un projet informatique, pas une Startup d’État.

La sélection

Voici la méthode qui a fait ses preuves pour trouver les intrapreneurs de Startup d’État : l’appel à idée puis la journée « pitch ».

Première étape : publier sur votre intranet ou votre newsletter interne préférée l’ouverture d’un appel à intrapreneurs avec lien vers un formulaire de soumission de candidature.

Cet appel à candidature pourra ressembler à ça :

Bonjour, Vous êtes le témoin d’irritants récurrents pour les usagers ou les agents ? Sans être nécessairement un.e expert.e en informatique, internet vous intéresse ? Vous avez une idée de solution numérique pouvant remédier au problème identifié ? Vous êtes prêt.e à vous investir six mois autour d’une équipe mobilisée pour réussir ? Dans ce cas, déposez votre idée sur l’intranet à l’adresse http://monadministration.fr/appel-intrapreneur, vous serez peut-être sélectionné pour défendre votre projet devant un jury le xxx à 9h !

La page de dépot d’idée sur l’intranet propose un simple formulaire qui permet à l’agent de décrire son projet avec :

  • le nom du projet
  • l’irritant ou le problème auquel il veut s’attaquer
  • les grands axes de sa solution
  • une description du monde tel qu’il sera après la mise en place de la solution

Deuxième étape : on ramasse les copies 1 mois plus tard, puis on sélectionne et invite les 10 à 20 participants les plus prometteurs pour une journée de « pitch ».

Troisème étape : pendant 1 journée les candidats vont répéter plusieurs fois leur pitch, devant des coachs, des externes, ou des responsables de l’administration. Un dernier passage en grande pompe devant un jury permettra de nommer le ou les vainqueurs qui se verront nommés véritablement intrapreneur de Startup d’État !

Le jury

Le jury de selection de l'intrapreneur

CC BY-SA 2.0 - Paul Townsend - TV Shows We Used To Watch - BBC Juke Box Jury 1959-67

Un directeur général ou un directeur général adjoint présidera ce jury pour légitimer la personne de l’intrapreneur et souligner l’importance de la Startup qui va ainsi être lancée.

A choix innovant, jury innovant. On cherchera ainsi à diversifier les profils qui composent ce jury. Par exemple en panachant le jury avec des acteurs externes issus du numérique et proches des problèmes que va devoir affronter l’intrapreneur. Des startupeurs, des investisseurs, des entrepreneurs… D’expérience un jury de 5 personnes permet de mixer ces types de profil mais aussi d’arriver à un consensus en 1 heure, la journée étant très rythmée.

A l’inverse on évitera de reprendre à l’identique les acteurs qui tiennent déjà le portefeuille des projets. Une Startup d’Etat se structurera sur des problèmes et des solutions différentes si les responsables du choix ont des expériences, des intuitions et des envies différentes.

Et le pitch ?

Pitch de l’intrapreneur

CC BY-SA 2.0Ben Stanfield - Steve Jobs Speaks At WWDC07

On ne va pas demander au futur intrapreneur d’être le roi du pitch à ce stade. En revanche on s’attachera au caractéristiques suivantes dans son pitch :

Son histoire de l’irritant est convaincante

  • En tant que citoyen l’irritant fait du sens. Il s’agit d’un problème qui impacte directement l’usager du service public et pas d’une idée d’optimisation d’un processus interne de comptabilité ou de ressources humaines.
  • On sent qu’il a vécu concrètement cet irritant 1 000 fois sur le terrain. Il peut dès le lendemain tester des prototypes de sa solutions dans le monde réel (où, quand, comment).
  • On sent aussi que ce problème lui prend les tripes et que sa résolution lui donnera envie de se lever le matin avec énergie, tout le temps que durera la startup.

Sa solution est enthousiasmante

  • Le levier du numérique proposé par l’intrapreneur est une vraie rupture dans la pensée de ce problème.
  • L’intrapreneur définit bien les grands axes de la solution mais il est souple sur les détails. On peut le tester sur ce plan par des questions sur des pivots éventuelles et voir ce qu’il retient (l’essentiel ?) ou ce à quoi il s’accroche (des détails ?).
  • Il est plus attaché à l’irritant lui-même qu’aux détails de sa solution.

Une personne à l’écoute mais tenace et convaincante

  • Il s’est déjà renseigné énormément sur ce problème. Il a déjà les réponses aux questions les plus basiques sur le sujet. Il a tenté des choses avec les outils à sa disposition, il a déjà bidouillé des débuts de solution DIY à base d’excel ou de bouts de ficelle.
  • Les retours donnés pendant la journée par des coachs ou d’autres intrapreneurs conduisent parfois à des changements de cap dans le pitch… ou au contraire à des positions réaffirmées.
  • Les questions parfois acides du jury ne vont pas le désarçonner.

Et la faisabilité dans tout ça ?

  • Lors de cette journée pitch, le jury va lancer une Startup en se fiant à ses intuitions sur la possibilité de mettre en œuvre une solution qui fonctionne en moins de 6 mois : « oui, nous pensons qu’une petite équipe autonome, engagée et débrouillarde, a de bonnes chances de résoudre ce problème en moins de 6 mois ».
  • On s’oppose ici aux approches classiques qui consistent à « dérisquer » par des études profondes et des artefacts textuels et contractuels plutôt que logiciels ! Au lieu de couvrir des armoires entières d’études d’opportunité et de spécifications détaillées la Startup va montrer dans les faits que c’est possible… ou pas.

Dans les faits nos expériences montrent que les candidats à l’intraprenariat sans aucune expérience du pitch produisent des performances remarquables lors de cet exercice !

Et ensuite ?

On a trouvé l’intrapreneur, la Startup d’État va démarrer en moins d’un mois, le temps de le libérer de ses obligations actuelles et de trouver un ou quelques développeurs pour former l’équipe.

Le tout à marche forcée puisque l’intrapreneur a bien identifié un irritant qui ne peut pas attendre !

Ce qui signifie bien sûr qu’on aura assuré avant même l’appel à projet que le gagnant sera libéré de ses obligations et que le budget est disponible pour recruter un ou quelques développeurs.

Conclusion

Les étapes pour trouver l’intrapreneur sont finalement assez légères : un email ou un flyer, un formulaire sur l’intranet et une journée de pitch !

Le tout bien cadencé se fait en 2 mois, entre le lancement de l’appel à projet, et les premiers travaux concrets de la Startup. Autant dire un clignement d’œil en comparaison d’une démarche plus classique d’étude d’opportunité et de comitologie…

Avant même son lancement effectif, la Startup montre déjà que le temps est une ressource précieuse et que de nouvelles règles du jeu permettent de gagner un ordre de grandeur.

Mais en vérité vous l’aurez compris, les phases capitales qui se jouent discrètement avant la sélection de l’intrapreneur sont :

  • l’obtention d’un sponsor de niveau direction générale ou cabinet
  • la validation de l’autonomie de la Startup dans son organisation, et dans ses décisions produit et technique
  • les tampons RH et direction permettant de libérer l’intrapreneur de ses responsabilités habituelles en moins d’un mois

Au fait, intrapreneur de Startup d’État, ça vous tente ?

Vous êtes agent·e du public et vous vous sentez l’âme d’un intrapreneur de Startup d’État. Vous êtes convaincu·e que ce problème qui vous tord le ventre depuis toujours pourrait être attaqué par le numérique et une petite équipe autonome ? Racontez-nous ça par mail à contact@beta.gouv.fr !

Ismaël Hery
Coach de Startups d'État
La Bonne Boite, La Bonne Formation, Boomerang, Plante et moi, Open Academie